« On sait pas… mais on n’a plus le temps » Grand entretien avec Nicolas Meyrieux
- Quentin Zinzius

- 1 oct.
- 3 min de lecture
Depuis plus de dix ans, Nicolas Meyrieux vulgarise l’écologie à travers ses vidéos et ses spectacles. Avec On sait pas, présenté à Avignon le 15 mai dans le cadre de Faites Écho, il assume une parole radicale : moins de pédagogie, plus de lucidité. Rencontre avec un humoriste devenu paysan, qui a choisi de conjuguer rire et urgence climatique.

Votre spectacle s’intitule On sait pas. Qu’est-ce qu’on ne sait pas, au juste ?
Nicolas Meyrieux — On ne sait pas si on va réussir à éviter la fin du monde. C’est ça, au fond, l’écologie : tenter de reculer l’échéance. Je trouve qu’on vit une période de spéculation permanente. D’un côté, on a des gens qui proposent des solutions viables. De l’autre, on a un pays capable d’inertie politique… Donc qui écouter ? On ne sait pas. Alors on fait des petits gestes, on trie ses déchets, on achète une gourde, mais est-ce que ça suffira ? On ne sait pas. C’est ce doute qui m’intéresse. Et puis j’assume : si vous sortez de mon spectacle un peu dépressif, c’est une bonne nouvelle. C’est le début du chemin vers le passage à l’action !
Votre spectacle mélange chiffres glaçants et blagues « trash ». Comment trouvez-vous l’équilibre ?
Pendant dix ans, j’ai réalisé des vidéos où j’expliquais, en me voulant rassurant, ce qu’était l’empreinte carbone ou le réchauffement climatique. Mais aujourd’hui, il ne nous reste plus que quelques années pour sauver ce qui reste de vivant sur Terre. La pédagogie, ça va bien deux minutes. À force, ça devient de la complaisance. Moi, je préfère dire les choses franchement, quitte à ce que ce soit violent. Je ne cherche pas l’équilibre. Je cherche l’efficacité. Mais je tiens quand même à ce que mes vannes soient adossées à du réel. Je veux que les gens sortent en ayant appris quelque chose. Je passe du temps à lire les rapports du GIEC, à croiser les données, et je les réinjecte dans mes blagues. C’est un mélange de conférence et de stand-up. Mon but, ce n’est pas de rassurer, c’est de bousculer, de faire passer le message.
Pourquoi avoir choisi comme base pour vos sketchs des sujets aussi anxiogènes ?
Parce que sinon, personne ne veut les entendre. Si tu annonces au public qu’on a perdu 75 % des insectes en trente ans, tu plonges la salle dans un silence de plomb. Mais si tu racontes la même chose en expliquant qu’on finira tous grillés comme des merguez sur un barbecue géant appelé planète Terre, tu déclenches un rire nerveux… et tu imprimes l’idée. Ce que tu n’oses pas regarder en face, tu peux l’accepter par le rire. L’humour, c’est l’arme qu’il nous reste pour supporter l’insupportable. Et parfois même, pour passer à l’action !
Vous avez vous-même fait un “passage à l’acte” radical, en devenant paysan. C’était une façon de ne plus rester spectateur ?
Exactement. J’ai fait des petites dépressions, puis une grosse. À un moment, rester spectateur me détruisait. Alors je suis retourné au lycée agricole, j’ai passé un diplôme, et j’ai monté ma ferme. Aujourd’hui, je cultive et j’élève, en parallèle de mes spectacles. J’ai une petite ferme en polyculture, avec des légumes de saison et quelques animaux. Je travaille à taille humaine, loin du modèle productiviste. Ça veut dire remettre les mains dans la terre, composer avec la météo, retrouver une forme d’humilité. Ce n’est pas glamour, c’est physique, parfois épuisant, mais ça donne du sens. Et surtout, ça reconnecte à l’essentiel : nourrir les gens. Quand je sors du champ le matin et que je monte sur scène le soir, je sais pourquoi je me bats. C’est ce qui me rend le plus heureux. Je ne suis plus seulement en train de dénoncer, je fais ma part, concrètement. Et ça m’a sauvé la peau : quand tu passes à l’action, tu redeviens vivant !



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